Nieuwsbrief

Quand la parole devient musique

Samuel Beckett, une voix dans le noir, ou quand la parole devient musique
Clément Magneau
Libraire au Temps Retrouvé
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L’être humain est une créature chantante qui unit la musique à la pensée.Wilhem von Humboldt

Qui est Samuel Beckett, et pourquoi le lit-on si peu ? 
Allons plus loin. Pourquoi lit-on si peu, en général, et surtout lit-on si peu les bons livres, les bons auteurs, qui seraient susceptibles de nous apporter aussi bien du plaisir que de précieuses lumières ? Il se trouve que Samuel Beckett est l’un de ces auteurs auquel je pense plus particulièrement aujourd’hui, et un auteur avec lequel non seulement j’ai beaucoup appris, tout au long d’une relation affective intense et passionnée de plus d’un demi-siècle, mais avec lequel j’ai beaucoup ri également, autant sinon plus peut-être qu’avec les Marx Brothers. Ce qui constitue déjà une assez bonne raison de le lire et de s’en trouver bien, selon moi, cette lecture étant on ne peut plus tonique, du fait de l’humour ravageur qui s’y exerce sans désemparer, nous entrainant avec une force de vie communicative à la fois hors de nous-même et hors de ce qu’il appelait plaisamment “Le vieux mythe“, par quoi il entendait cette invention à caractère fabuleux qui règne suprême dans l’esprit des hommes depuis ses origines, et qui a vu son triomphe à l’époque moderne sous le nom de roman. 

Qu’est-ce qui se passe dans les romans ou pseudo-romans de Beckett, qui fait que son oeuvre en est une si singulière, si originale et donc si différente de celles de ses contemporains, pour ne rien dire de ceux qui ont précédé et de ceux qui ont suivi et suivront encore, aussi longtemps que les hommes liront ? Ce qui se passe, il nous le dit lui-même dans cet ouvrage capital, qui brise toutes les conventions du genre, intitulé “L’innommable : ” Il importe de savoir ce qui est en train de se passer, afin d’en rendre compte, conformément à ma fonction. Il ne faut pas oublier, quelque fois je l’oublie, que tout est une question de voix. Ce qui se passe, ce sont des mots.” Nous voila renseignés, qu’il n’y ait pas de malentendu entre l’auteur et nous, qui le lisons, ou plutôt qui l’écoutons parler. Car c’est bien une voix qui se fait entendre ici, de même que dans tous ses ouvrages, celle d’un narrateur qui nous dit et redit, inlassablement, son besoin de “soulas sémantique” : “Et pour Watt le besoin de soulas sémantique était parfois si grand qu’il se mettait a essayer des mots aux choses, et à lui-même, un peu comme une élégante des bibis.” (Watt). Nous sommes donc ici aux origines mêmes de l’oeuvre, Watt annonçant brillamment les différents thèmes à venir, qui seront traités par la suite dans une avancée toujours plus rigoureuse vers le silence. Mais avant le silence il y aura ce que l’auteur appelle  “le temps de la faconde” : ” Les mots aussi, lents, lents, le sujet meure avant d’atteindre le verbe, les mots s’arrêtent aussi. Mieux donc que du temps de la faconde ? C’est ça, c’est ça, le bon coté.” (Textes pour rien). Donc, le temps de la faconde c’est tout ce qui a précédé l’ouvrage cité ci dessus, jusqu’à L’innommable. Après, il avouera s’être trouvé dans une impasse, d’où il ne sortira qu’en écrivant pour le théâtre, d’une part, et d’autre part, des textes en prose sans ponctuation, d’un dépouillement extrême, se rapprochant toujours plus du silence comme de l’ultime perfection, en quelque sorte, mais s’éloignant d’autant de la communication ordinaire standardisée, à base de clichés et autres locutions toutes faites, donc aussi bien du chant accessible à tous, à la manière de Winnie dans Oh les beaux jours, que du chant douloureux de la créature souffrante de Comment c’est. Si bien que dans ses deux derniers textes, l’auteur plus que jamais réduit à sa seule voix, en vient à dénoncer le mensonge de la fiction : “Un autre imaginant le tout pour se tenir compagnie. Dans le même noir que sa créature ou dans une autre.” Et d’ajouter, élégance suprême : ” N’y aurait-il pas moyen de bonifier la voix ? ” (Compagnie). Enfin, d’un livre à l’autre : ” Pour pouvoir reprendre. Reprendre le – comment dire ? Comment mal dire ? ” (Mal vu mal dit). Est-il besoin d’encore en rajouter, alors que l’auteur lui-même s’est tu.

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Beckett se vantait de travailler dans l’ignorance et l’impuissance. Mais il disait aussi : ” Mon oeuvre est une question de sons fondamentaux (sans plaisanterie) rendus aussi pleinement que possible.” Et qui
dit sons dit musique, harmonies, inflexions vocales et forte tonalité affective, un certain mode également, mineur plutôt que majeur. Car ce que Beckett nous dit aussi, c’est la détresse de l’homme jeté soudain dans le monde et confronté brutalement à la vie, autrement dit à la mort et à la souffrance. Finalement, cette voix qui nous parle, “n’ayant rien à dire“, et disant ce “rien” avec une force d’expression et une intensité peu communes, cela finit par composer une oeuvre d’une rare qualité. Car c’est bien la qualité de l’écriture qui fait la qualité de l’oeuvre. Beckett le savait d’autant mieux qu’il avait lu Proust avec une attention aiguisée, passionnée, et que par ailleurs il se défendait farouchement d’être un intellectuel, revendiquant au contraire une approche essentiellement sensible des êtres et des choses. Il suffit pour s’en convaincre de l’écouter parler, avec cette voix si personnelle, si riche d’affects, d’harmonies, de dissonances, de sensibilité, de subtilité, de nuances, véritable musique de l’âme parlant à l’âme.

Petit florilège beckettien, à cette fin d’illustrer mon propos.
“Je n’aime pas crier. J’ai parlé doucement, toujours, comme il sied à qui n’a rien à dire ni ne sait où aller.”  – “Je n’ai rien à faire, c’est-à-dire rien de particulier. J’ai à parler, c’est vague. J’ai à parler n’ayant rien à dire, rien que les paroles des autres.” – “Et ce mot d’homme qui n’est peut-être pas le bon, pour ce que je vois en l’entendant, mais un instant, une heure, et ainsi de suite, comment les représenter, une vie, comment faire voir tout ça, ici, dans le noir, j’appelle ça le noir, c’est peut-être de l’azur, ce sont des mots blancs, mais je m’en sers, ils viennent tous ceux qu’on m’a fait voir.” – “Tu auras une petite voix elle sera juste audible tu lui parleras à l’oreille une vie tu auras une petite vie tu la lui diras à l’oreille ce sera autre chose tout à fait une autre musique tu verras un peu comme Pim une petite musique de vie mais dans ta bouche à toi elle sera nouvelle.” – “Si moi je l’aimais dans le noir dans la boue quand même un peu d’affection trouver quelqu’un que quelqu’un vous trouve enfin vivre ensemble collés ensemble s’aimer un peu aimer un peu s’en être aimé être aimé un peu sans pouvoir aimer répondre à ça laisser vague dans l’ombre.” – “La grande clarté n’est pas nécessaire, une faible lumière permet de vivre dans l’étrange, une petite lumière fidèle.” – “Et pourvu d’un peu moins de force et de courage, lui aussi aurait abandonné, renonçant à savoir de quelle façon il était fait et allait pouvoir vivre, et vivant vaincu, aveuglément, dans un monde insensé, parmi des étrangers.” – “Et je pense en avoir assez dit pour allumer dans votre esprit cette chandelle qui jamais plus ne sera mouchée.” Et ainsi de suite, ad libitum.

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